Dégustations L’art du jambon de Bayonne : dans les coulisses de Pierre Ibaïalde par SOF 09/05/2026 écrit par SOF 09/05/2026 Bookmark 13 Huit cents jambons suspendus au-dessus de ma tête. Huit cents cuisses de porc alignées comme les soldats d’une armée gourmande, chacune portant la marque de son terroir. Dans la salle d’affinage de Pierre Ibaïalde, au cœur du Petit Bayonne, j’ai compris ce que signifiait réellement l’expression “jambon de Bayonne”. Non pas un produit industriel distribué en supermarché, mais un art ancestral, transmis depuis des siècles dans ce coin du Pays Basque où le sel, le vent et le temps font des miracles. Une histoire de sel et de mer Le jambon de Bayonne n’est pas né par hasard à Bayonne. Cette ville portuaire, à la confluence de l’Adour et de la Nive, fut pendant des siècles le point de départ des jambons vers l’Europe entière. Dès le Moyen Âge, les marins embarquaient ces pièces salées qui se conservaient des mois durant les traversées. La réputation du jambon bayonnais traversa les frontières bien avant les labels et les appellations. Mais le vrai secret, c’est le sel. Pas n’importe lequel : celui de Salies-de-Béarn, une source salée miraculeuse découverte, dit la légende, par un sanglier blessé venu y panser ses plaies. Ce sel gemme, d’une pureté exceptionnelle, est obligatoire pour l’IGP Jambon de Bayonne depuis 1998. Il pénètre lentement dans la chair, sans l’agresser, lui conférant cette saveur délicate et cette texture fondante qui font la différence. Pierre Ibaïalde : le dernier salaisonnier de Bayonne Cela fait plus de 30 ans que Pierre accueille les visiteurs dans son atelier du Petit Bayonne. Trente ans à expliquer, montrer, transmettre. Son établissement est le dernier saloir et séchoir à jambons encore en activité dans la ville même de Bayonne. Tous les autres ont fermé ou déménagé. Pierre, lui, reste fidèle à ces murs imprégnés de savoir-faire. La visite commence par un exposé passionné. Pierre, ou l’un de ses collaborateurs, raconte l’histoire du jambon avec la verve d’un conteur gascon. On apprend que les Romains engraissaient déjà leurs porcs aux figues pour obtenir un foie gras avant l’heure – le fameux “jecur ficatum” qui donnera le mot “foie” en français. On découvre que le jambon était autrefois la seule “épargne alimentaire” des familles : pas de réfrigérateur, pas de congélateur, mais un jambon pendu dans le garde-manger, qui nourrissait toute l’année. Les quatre étapes de la métamorphose Puis vient la visite des ateliers. Le saloir d’abord, où les cuisses fraîches arrivent. Pendant 14 jours, elles sont recouvertes du mélange Ibaïalde : sel de Salies-de-Béarn, épices secrètes, et beaucoup de patience. Le sel pénètre lentement, uniformément. Pas de précipitation : un jambon, ça se mérite. Ensuite, le repos en chambre froide. Deux mois à 2°C, avec une hygrométrie contrôlée qui reproduit les conditions de l’hiver pyrénéen. C’est là que la viande perd une grande partie de son humidité tout en s’imprégnant des arômes du sel. Le séchoir, troisième étape, est le cœur du mystère. Les jambons y restent des mois, exposés aux courants d’air. L’alternance entre l’air sec des Pyrénées et les vents humides de l’Atlantique favorise un séchage homogène, évitant la formation d’une croûte superficielle. Le temps fait son œuvre, lentement. Enfin, l’affinage. Le jambon est enduit d’un mélange de graisse et de farine de riz – le “panage” – qui le protège tout en permettant aux arômes de se développer. C’est là qu’il acquiert ses notes de noisette, sa texture soyeuse, son goût inimitable. La salle aux 800 jambons Le moment fort de la visite, c’est l’entrée dans la salle d’affinage. 800 jambons suspendus, alignés sur des barres métalliques, créant un spectacle presque irréel. L’odeur est puissante, enivrante – un mélange de viande séchée, d’épices et de temps. On marche sous cette forêt de jambons, le regard levé, émerveillé par cette accumulation de savoir-faire. Notre guide tapote un jambon, écoute le son, évalue la maturité. Chaque pièce est unique, chaque jambon a son caractère. Les initiés savent reconnaître un jambon parfait à sa couleur rose soutenu, à son gras nacré légèrement translucide, à son parfum délicat. Ici, rien n’est standardisé : c’est de l’artisanat pur. La dégustation : révélation des saveurs La visite se termine comme il se doit : par une dégustation. Dans une ambiance conviviale, on nous présente plusieurs produits phares de la maison. Le jambon, bien sûr, tranché finement, presque translucide. Mais aussi le lomo (filet de porc séché), les saucissons, les pâtés. Le jambon fond sur la langue. Littéralement. Le gras, riche en acides gras mono-insaturés, se liquéfie à température ambiante, libérant des arômes de noisette et une saveur légèrement sucrée. On comprend pourquoi Pierre insiste : son jambon doit être servi “transpirant”, sorti du réfrigérateur au moins 30 minutes avant. Le froid tue les saveurs. Un visiteur à côté de moi, venu du Nord, avoue n’avoir jamais goûté un tel jambon. “Celui des supermarchés, c’est de l’eau et du plastique comparé à ça”, lance-t-il. Pierre sourit. C’est exactement ce qu’il veut démontrer : la différence entre l’industrie et l’artisanat. Le Kintoa et le Noir de Bigorre : les cousins d’exception Si vous êtes amateur de jambon, ne quittez pas le Pays Basque sans découvrir ses cousins nobles. Le Kintoa, issu du porc basque Pie Noir (robe bicolore noire et blanche), est une merveille en voie de renaissance. Cette race locale, qui avait presque disparu, fait l’objet d’un élevage extensif dans les montagnes basques. Son jambon, affiné au moins 16 mois, développe des saveurs intenses et une texture exceptionnelle. Le Noir de Bigorre, lui, vient des Hautes-Pyrénées. Ce porc noir gascon, élevé en plein air dans les forêts de chênes et de châtaigniers, produit un jambon AOP d’une finesse remarquable. La Maison Sajous, à Beaucens près de Lourdes, propose des dégustations sur réservation. Un vrai voyage gustatif. Au-delà du jambon : les trésors de Bayonne Profitez de votre visite pour explorer Bayonne, capitale du Pays Basque français. Le Musée du Jambon, dans la Maison Aubard (la plus ancienne charcuterie de la ville), retrace l’histoire de cette spécialité. Les Halles de Bayonne regorgent de stands de charcuterie où comparer les différents producteurs. Et n’oubliez pas le chocolat ! Introduit à Saint-Esprit par les juifs portugais chassés par l’Inquisition, il fait partie intégrante de l’identité bayonnaise. L’Académie du Chocolat défend cet héritage depuis 1993. Un chocolat chaud épais, accompagné d’un taloa (galette de maïs) garni de jambon et de fromage de brebis : voilà le petit-déjeuner parfait. Informations pratiques Pierre Ibaïalde – Artisan du Jambon 41 rue des Cordeliers, 64100 Bayonne (Petit Bayonne) Tél. : 05 59 25 65 30 Site : www.pierre-ibaialde.com Visites guidées Durée : 45 minutes, dégustation incluse Tarifs 2026 : Adulte 5€, Enfant (8-14 ans) 2,50€, Groupe (20+) 2,50€/pers Gratuit pour les moins de 8 ans Réservation en ligne obligatoire Horaires 2026 Avril à octobre : lun-sam 9h-12h30 / 14h-18h Été (juillet-août) : 7j/7 10h-13h / 14h-18h30 Novembre à mars : mar-ven 9h-12h30 / 14h-18h Fermé jours fériés hors été Boutique Vente directe à l’atelier : jambons entiers, tranches, saucissons, pâtés, conserves Livraison possible via le site internet À voir aussi Musée du Jambon (Maison Aubard) – Place Pasteur, Bayonne Les Halles de Bayonne – Quai Commandant Roquebert Musée Basque et de l’Histoire de Bayonne – 37 quai des Corsaires Accès À 1h15 de Toulouse par l’A64 Gare SNCF Bayonne (lignes TGV et TER) Parking : Halles ou Paulmy (centre-ville) CharcuterieGastronomieJambon de BayonnePays Basqueterroir 0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail SOF Follow Author article précédent Les caves de Roquefort : plongée dans le royaume du roi des fromages Articles similaires Bookmark Les caves de Roquefort : plongée dans le... 02/05/2026 Bookmark Tourtière gasconne & Floc de Gascogne : l’accord... 04/03/2026 Bookmark Roquefort & Banyuls : l’accord sucré-salé parfait (guide... 25/02/2026 Bookmark Tielle sétoise & Picpoul de Pinet : l’accord... 18/02/2026 Bookmark Magret de canard & Cahors : réussir l’accord... 11/02/2026 Bookmark Cassoulet toulousain & Fronton : l’accord emblématique d’Occitanie... 04/02/2026 Laisser un commentaireVous devez vous connecter pour publier un commentaire.