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Sur la route de l’Armagnac : chais centenaires et alambics d’exception

par SOF
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Le feu crépite sous l’alambic de cuivre. Une vapeur d’alcool s’élève, enveloppant le bouilleur de cru dans un voile presque mystique. Nous sommes au Domaine d’Ognoas, dans les Landes, face au plus vieil alambic de Gascogne – un monstre de cuivre datant de 1804, classé Monument Historique. Depuis plus de deux siècles, il transforme le vin blanc en cette eau-de-vie dorée qu’on appelle Armagnac, la plus ancienne de France.

Sept siècles d’histoire liquide

L’Armagnac est né bien avant le Cognac, son cousin plus célèbre. Dès le XIVe siècle, les moines gascons distillaient le vin pour obtenir une “aygue ardente” aux vertus médicinales. On prêtait à cette eau de feu 40 vertus : guérir les coliques, apaiser les douleurs, donner du courage aux timides et de la joie aux mélancoliques. Le commerce prit son essor lorsque les gabarres descendirent l’Adour jusqu’à Bayonne, emportant vers le monde entier ces flacons dorés.

Contrairement au Cognac, distillé deux fois dans des alambics à repasse, l’Armagnac ne passe qu’une seule fois dans l’alambic armagnacais, à colonne continue. Cette “simple distillation” lui confère un caractère plus rond, plus fruité, plus généreux. C’est une eau-de-vie de terroir, de patience et de passion.

Les trois terroirs de l’Armagnac

Le vignoble de l’Armagnac s’étend sur trois départements (Gers, Landes, Lot-et-Garonne) et trois terroirs distincts.

Le Bas-Armagnac, surnommé “l’Armagnac Noir” en raison de ses forêts de chênes, est le plus réputé. Ses sols sablonneux, entre Eauze et Nogaro, donnent des eaux-de-vie fines, fruitées, au vieillissement rapide. C’est là que se trouvent les domaines les plus prestigieux.

L’Armagnac-Ténarèze, autour de Condom et Vic-Fezensac, produit des eaux-de-vie plus corsées, parfaites pour un long vieillissement. Ses sols argilo-calcaires apportent puissance et complexité. C’est le terroir des armagnacs de garde.

Le Haut-Armagnac, entre Auch et Lectoure, est le plus sauvage et le moins planté. Ses armagnacs, puissants et corsés, méritent d’être découverts pour leur caractère authentique.

Le Domaine d’Ognoas : un trésor départemental

Commençons notre voyage par ce domaine d’exception. Propriété du Conseil départemental des Landes depuis 1974, le Domaine d’Ognoas s’étend sur 650 hectares dont 50 de vignes. C’est ici que se trouve l’alambic de 1804, inscrit au registre des Monuments Historiques depuis 2006.

La visite guidée débute par une lecture du paysage depuis la maison de l’évêque (ancienne résidence d’été de l’évêque d’Aire-sur-l’Adour). On aperçoit les méandres du Midou, par lesquels circulaient autrefois les gabarres chargées d’eaux-de-vie. Le domaine s’étend à perte de vue : vignes, forêts, prairies, étangs.

Le chai antique vous plonge ensuite dans une pénombre odorante. Des rangées de fûts de chêne, dont certains vieillissent depuis 40 ans, s’alignent dans le silence. Les murs sont tapissés de torulas, ces champignons noirs qui se nourrissent de la “part des anges” – l’évaporation naturelle de l’alcool à travers le bois. Cette part des anges, c’est 2 à 3% du volume chaque année qui s’envole vers le ciel gascon.

L’alambic de 1804 est le clou de la visite. En cuivre patiné par deux siècles d’usage, il fonctionne toujours au bois, de fin octobre à début décembre. Ses “plateaux en pattes d’araignées”, un perfectionnement attribué à la famille Sier, permettent une distillation exceptionnellement douce. 800 hectolitres de vin y sont transformés chaque année en 150 hectolitres d’armagnac.

Château de Laubade : l’excellence en Bas-Armagnac

À Sorbets, dans le Gers, le Château de Laubade représente une autre facette de l’Armagnac. Cette propriété de 105 hectares d’un seul tenant appartient à la famille Lesgourgues depuis trois générations. Denis, Jeanne et Arnaud perpétuent l’héritage de leur grand-père Maurice, visionnaire qui comprit que la patience était la clé de l’excellence.

La visite commence par les vignes, où quatre cépages traditionnels s’épanouissent : Ugni Blanc, Baco, Folle Blanche et Colombard. Chacun apporte sa personnalité au blend final. La distillation, réalisée cépage par cépage dans un alambic armagnacais construit en 1974, est pilotée “à la dégustation” par le maître de chai.

Les chais de Laubade abritent près de 3000 fûts de 420 litres. Le bois vient des chênes de Gascogne, séchés et travaillés sur place. Cette maîtrise de la tonnellerie, rare dans la région, permet d’adapter les tanins au style recherché.

Mais ce qui distingue Laubade, ce sont les sculptures monumentales qui parsèment le domaine. La famille Lesgourgues a invité des artistes à créer des œuvres en résonance avec la terre, le temps, la patience. Une dégustation de 5 armagnacs conclut cette visite originale où l’art et le spiritueux se répondent.

La Flamme de l’Armagnac : vivre la distillation

Si vous visitez la région entre octobre et décembre, ne manquez pas la Flamme de l’Armagnac. Durant cette période, les bouilleurs de cru allument leurs alambics et ouvrent leurs portes pour des événements exceptionnels : repas au pied de l’alambic, veillées traditionnelles, petits-déjeuners du distillateur, ateliers d’assemblage.

Au Château Garreau, l’Écomusée de l’Armagnac propose des dîners aux chandelles dans la distillerie, face à l’alambic en fonctionnement. Le bouilleur de cru explique chaque étape tandis que les plats gascons défilent : garbure, confit, tourtière à l’Armagnac. L’expérience est inoubliable.

Au Domaine de Lassaubatju, premier domaine certifié Bio pour l’Armagnac, Frédéric perpétue la tradition dans un esprit écologique. Sa visite, empreinte de poésie, dévoile les secrets d’une viticulture attentive au vivant.

L’art de la dégustation

Déguster l’Armagnac, c’est prendre le temps. Servez-le dans un verre tulipe, à température ambiante. Faites tourner le liquide pour libérer les arômes. Approchez votre nez : des notes de vanille, de pruneaux, de fruits secs, de bois précieux se révèlent selon l’âge et le terroir.

Un VS (2 ans minimum) sera fruité et vif. Un VSOP (5 ans) développera des notes de caramel et d’épices. Un XO (10 ans) ou un Hors d’Âge (15 ans et plus) offrira une complexité extraordinaire, des arômes de rancio, de cuir, de tabac blond.

Les millésimés, mis en bouteille après un vieillissement unique, sont les stars de l’Armagnac. Certains domaines proposent des armagnacs de 50, 60, voire 100 ans d’âge – des témoins liquides de l’histoire.

Le Floc de Gascogne : l’apéritif oublié

Avant de partir, découvrez le Floc de Gascogne. Ce vin de liqueur, né dit-on d’un heureux accident de cave, mêle le jus de raisin frais à l’Armagnac jeune. Rouge ou blanc, il se sert frais à l’apéritif, avec un melon charentais ou un foie gras. Son nom vient de “Lou Flòc de Gasconha” – la fleur de Gascogne.

Informations pratiques

Domaine Départemental d’Ognoas
1043 Route d’Ognoas, 40190 Arthez-d’Armagnac
Tél. : 05 58 45 22 11
www.domaine-ognoas.com
Visite guidée gratuite sur inscription
Lundi-vendredi : 9h-12h30 / 14h-17h30

Château de Laubade
32110 Sorbets
Tél. : 05 62 09 06 02
www.chateaudelaubade.com
Visite des chais, vignes et sculptures + dégustation 5 armagnacs
Sur réservation

Château Garreau – Écomusée de l’Armagnac
40240 Labastide-d’Armagnac
Tél. : 05 58 44 84 35
www.chateau-garreau.fr
Repas au pied de l’alambic (nov-déc) : 39€/pers
Atelier assemblage : 35€/pers

Chai Armagnac Dupeyron
Hôtel de Cugnac, 32100 Condom
Tél. : 05 62 28 08 08
Visite gratuite des chais centenaires + film + dégustation
Millésimes depuis 1868

Flamme de l’Armagnac
Octobre à décembre
Programme sur www.armagnac.fr
Réservation conseillée pour les repas

Accès
Ognoas : à 30 min de Mont-de-Marsan par D933
Laubade : à 1h de Toulouse par A62 puis D931
Condom : à 45 min d’Agen par D931

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